Lundi 5 juin 2006 1 05 /06 /Juin /2006 18:05
- Publié dans : Ses influences et techniques

ccf08062006_00010.jpg "Avant d'aborder la présentation de la technique proprement dite, il est nécessaire de présenter les influences qui m’ont fait gambader, par ci par là, qui m’ont nourri et modelé.

Un peu comme quelqu’un qui, sur une plage, choisirait  des pierres ou des galets comme ci, comme ça, pour on ne sait pourquoi. J’ai glané auprès des uns et des autres un fouillis d’informations d’où est né ma facture. 


Mes premières émotions picturales sont sans aucun doute dues à Daubigny. Enfant j’aimais me perdre dans ses verts foncés. Je m’imaginais, caché dans ses ombres. J’ai gardé le goût pour les toiles très contrastées qui livrent un mystère. Comme certaines de Corot. 

Puis, il a eu bien sûr les Impressionnistes, les Fauves.

Là, commence la grande valse des noms aux couleurs chattoyantes, un poème multicolore réuni en bouquet de fleurs magiques où j’ai puisé avidemment. A l’un, sa lumière, à l’autre, ses contrastes, ses harmonies, son ambiance.
Hélas ! Jamais leur talent. Tous ces Gens m’ont séduits, enthousiasmés, fascinés, ennivrés, nourris.

  

Cette première farandole s’essouffle vers mes 15 ans, à cette période, j’entre chez Lanvin Castillo. J’y dessine des femmes qu’il faut habiller, moi qui les aime déjà nues.

Ce sont là, des exercices au crayon, coloriés aux pastels, aux gouaches et à l’encre.
Un travail enrichissant rapide et gestuel du poignet et du bras. Je ne suis pas très habile avec une mine fine cela s’est  un peu arrangé avec le temps, mais bref, ça me pousse vers les fusains, ces larges traces qui crissent sur le papier me séduisent, les beaux papiers aussi.

 Un peu plus tard vers 16/17 ans,  ce n’est plus une valse mais une chorégraphie contemporaine  (Béjart et Cunningham sur une musique de J Cage) qui crée chez moi la découverte de la peinture américaine. Vaste labyrinthe poétique tout en couleur. Moins calme plus grande, plus bouleversante, cette peinture  m’enflamme.

Cette multitude d’interrogations de techniques, de supports donne naissance à divers cheminements qui m’interpellent tous. Les drippings de Masson exploités par Pollock, les grandes traces noires de Kline qui me feront découvrir plus tard Soulages, le bavardage pictural de De Kooning, j’en passe et d’aussi bons. En France Mathieu, Soulages, Riopelle, Mitchell, Zao wou Ki, Hartung, Klein, De Staël…..Auprès de chacun, j’apprends quelque chose pas des petites choses non de grandes choses. Ce sont mes nourriciers de base. Lorsque je croise leurs images au hasard des voyages, dans les Musées, les expositions, c’est à chaque fois et toujours des émotions à dimension d’orgasme. Plus tard certains orgasmes feront naître chez moi des images, c’est la moindre des chose.

Il est donc évident que chez chacun j’ai emprunté quelque chose. J’ai empreinté, essayé, copié leurs techniques, j’ai joué du dripping comme du couteau, de la spatule comme  de la brosse et de l’éponge, j’ai usé de la projection, du grattage, de l’estompage au chiffon etc.  

Tout est bon pour réussir une bonne image pourvu qu’elle soit forte et m’enivre. 

Il est évident que la technique est en fonction des supports et des formats.

Une fois que l’on a fait son choix entre l’huile ou l’eau.

Pour moi c’est l’eau, l’acrylique  pour sa texture son épaisseur donc ses reliefs puis pour sa matité qui donne des ambiances profondes.


  Je ne peins jamais ou très rarement sur des toiles tendues sur châssis  qui m’imposent leurs formats et leurs limites. Mes supports, papier, carton, bois, pvc ou toile sont posés horizontalement plus rarement verticalement sauf pour des sujets néo-figuratifs qui réclament des lectures éloignées. La dimension de ces supports est toujours plus grande que l’image initialement prévue (pour jouer aussi dans les marges comme dans les interdits) de façon à laisser la gestuelle s’exprimer au maximum comme un plus à jouir.

  

Je commence par les fonds qui sont aussi importants que les traces et  les signes principaux bien qu'ils soient aussi, déterminants. Une fois satisfait de cette image, ou du moins, pas mécontent, j’en détermine ses dimensions et son équilibre final, en déplaçant sur la totalité du travail, un cadre de dimension inférieure de façon à rechercher celle qui aura le plus de force, le plus de rythme ou la meilleure ambiance, en fait,  comme une suite au jeu, un flirt aux caresses multiples subtiles et fantasques.

Cela m’offre un choix de lecture, lequel est multiplié par deux si c’est sur un support transparent d’où peut sortir d’un côté une lecture mate de l’autre une brillante.

 

Je travaille depuis toujours en musique, non pas avec la prétention d’en faire une écriture kandinskyenne, mais dans le but de m’appuyer de l’ambiance qui déterminera ma palette de l’instant, et sur le rythme pour la forme, la grandeur, la largeur, les espaces de mes traces et mes signes. Mais attention tout cela n’a rien de formel, cela ne reste qu’un prétexte à peindre. Seule compte l’image.
Le rajout d’une couleur qui crée une nouvelle harmonie peut, tout à coup, tout déséquilibrer, tout foutre par terre. Là commence une autre bagarre, avec plusieurs interrogations : soit je joue avec l’erreur si c’en est une ; Soit je corrige si ça peut être corrigé ou je me dirige sur le nouveau sens qu’elle m’impose. A ce moment précis, l’image est fugitive, défilent dans ma tête à vitesse grand V, une multitude de possibilités qui en font naître 4 ou 5 autres. Dans cet état nerveux, un peu comme le joueur d’échec sur le point de réussir son coup, mais cependant anxieux  que son adversaire ne découvre sa stratégie où il faut avoir en tête un plan de repli.

 

Souvent, bien que concentré sur la création d’une peinture, naît l’esquisse d’une autre.
 Le plus souvent proche de celle que je suis entrain de réaliser, en plus vive ou plus tendre ou plus bleue ou rouge etc… C’est une véritable bousculade entre l’esprit conceptuel et la spontanéité de la gestuelle qui n’est pas toujours gérable. Il doit y avoir un parallèle avec l’écriture automatique- un cheminement inconscient pré-établi, des traces imaginées à la va-vite et un geste qui les inscrit spontanément. Ce n’est pas toujours gagné, il y a des enchevêtrements qui grincent, des rythmes avec des signes antinomiques.
Oser une couleur supplémentaire et patatras,  il y a des mariages appelés aux divorces. Tout le monde n’est pas Malaval !

Puis, il y a des jours où rien ne va, alors ça se corse et fatalement ça saute. Là, c’est désespérant.

  

Mais si on ose pas, on n’avance pas non plus et c’est le but du jeu d’aller jusqu’au bout jusqu’à l’extrême, pour obtenir le parallèle  d’un accord de Coltrane, d’une harmonie de Malher ou d’une dissonance subtile de Monk… Osons osons Joséphine.

  

ccf08062006-00038.jpgJe prépare habituellement mon travail par des dessins de petits formats au crayon gras ou au fusain un peu comme une recherche de volume en sculpture abstraite. Quelques fois, je colorie ces dessins aux pastels tendres. Ces études me servent de base avant d’appréhender les grands formats. Durant leur réalisation, j’imagine les rythmes et les ambiances sachant qu’avec une spatule j’aurai des difficultés à offrir de la tendresse à moins de passer par une palette aux couleurs tendres et aux harmonies chaudes. Alors qu’a la brosse, l’éponge ou le chiffon, à moins de recourir aux larges traces noires et aux grattages dans la matière fraîche, je n’obtiendrai guère de puissance ou de force.

En cours de réalisation, alors que j’ai déjà perdu le fil du schéma dessiné et que l’image en train de naître n’a absolument plus rien à voir avec l’esquisse que j’ai sous les yeux, c'est l’imaginaire et le geste qui s’imposent.  
A la rupture du cordon une toile s’échappe, peut être pas toujours celle que je voulais !
Et elle m’impose déjà ses jeux. Et comme dans l’informel, il n’y a pas de loi mais une grande liberté je me sers goulûment, pourvu qu’il ne manque rien à l’enfant.

Je termine comme une bonne impro jazz, au feelling en échangeant les outils avec toute la fantaisie que réclame la réussite de cette image, qui est fatalement un morceau de moi-même. Je m’y reconnais puisqu’il y a du bon et du mauvais ainsi qu’un mélange de tendresse et de brutalité.

  

Une dernière information pour les néophytes de l’informel : Ne vous trompez pas, il y a une lecture dans la peinture abstraite pas facile au début. Les accros de ce travail savent très bien différencier, une bonne d’une très bonne peinture abstraite (Je ne parle pas des mauvaises c’est comme dans la musique : il n’y a pas de fausses notes). "

Gérard Besset               

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